Dialogue national : Ce que Joseph Kabila doit faire pour être le bienvenu
Kinshasa, 28 août 2026 – Si Félix Tshisekedi a fermé la porte du Dialogue national à l’AFC/M23 comme composante politique, il a laissé une fenêtre ouverte aux membres de ce mouvement qui souhaitent participer à titre individuel à condition qu’ils renoncent aux armes.
C’est dans ce cadre très étroit que pourrait se jouer le retour de l’ancien président Joseph Kabila au pays en vue de sa participation au dialogue national. Mais pour l’homme qui vit en exil depuis fin 2023, le chemin de Kinshasa est miné par une inquiétude majeure : les garanties sur sa sécurité et sa liberté.

L’ombre du procès militaire par contumace
Minga Média note qu’on ne peut comprendre la méfiance de Joseph Kabila sans souligner son dossier judiciaire. Pour rappel, le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire de Kinshasa l’a condamné par contumace à la peine de mort pour trahison, crimes de guerre, participation à un mouvement insurrectionnel et complicité avec l’AFC/M23.
Le tribunal l’a jugé en son absence, sans la présence d’un avocat de la défense, pour des faits incluant notamment l’occupation de Goma à partir de janvier 2025. Une procédure que Human Rights Watch a qualifiée de « vendetta politique » et de simulacre de procès.
Alors que le dialogue va se dérouler sur le territoire national, il est plausible que Joseph Kabila restera en marge de cette initiative tant qu’il n’a pas des garanties sur sa liberté et sa sécurité personnelles, une fois à Kinshasa.
Ce que Tshisekedi exige en retour
Du côté du Palais de la Nation, les conditions posées le 27 août restent les mêmes pour tout le monde :
· Un renoncement sincère et vérifiable à la violence et une condamnation sans équivoque de l’agression. Une voie de réintégration restera ouverte aux combattants qui renonceront à titre individuel à leur engagement armé.
· L’acceptation de l’ordre constitutionnel : pas de remise en cause du scrutin de 2023, pas de suspension des institutions, et « aucune conquête militaire ne pourra être convertie en légitimité politique ».
· Une participation depuis le territoire national, car le dialogue « ne commencera pas à Kinshasa, mais au cœur de nos 26 provinces » et se tiendra exclusivement en RDC.
La carte des chefs d’Etat pour plaider sa cause
Joseph Kabila ne peut pas obtenir ces garanties seul. Il le sait. Sa stratégie pourrait donc passer par les capitales régionales.
Comme l’ont fait de nombreux opposants congolais par le passé, l’ancien président peut s’appuyer sur d’autres chefs d’Etat – médiateurs du processus de Luanda, de Nairobi ou facilitateurs à Doha et Washington – pour plaider sa cause auprès de Félix Tshisekedi.
Concrètement, il pourrait demander à des pairs comme João Lourenço (Angola), William Ruto (Kenya) ou Cyril Ramaphosa (Afrique du Sud) de porter deux demandes sur la table :
1. L’annulation de son procès par contumace
2. Son inclusion non pas comme ancien rebelle, mais comme ancien chef d’Etat et acteur politique majeur dans la phase des consultations nationales.
Sans cette double démarche — un geste de Kinshasa sur la justice militaire et un acte de rupture claire de Kabila avec toute entreprise armée — le Dialogue national risque de se faire sans lui, malgré le fait que plusieurs acteurs comme Martin Fayulu aient estimé que « Kabila et Nangaa sont parties prenantes ».
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