RDC : Le Service national réussira-t-il à rendre Kinshasa propre ?
Le Service national réussira-t-il à vaincre l’insalubrité qui gangrène la capitale congolaise depuis des décennies ? C’est la question que se posent plusieurs observateurs du travail qu’effectuent les agents du service national déployés pour lutter contre l’insalubrité à Kinshasa.
Quelques semaines après leur déploiement, la rédaction de Minga Média note que des voix critiques se font de plus en plus entendre dans les médias sociaux.
Des solutions à impact non durable
Bien que le travail du service national est largement salué par l’opinion publique, certains internautes congolais estiment que le Service national ne pourra pas à lui seul relever le défi de redorer le blason terni de « KIN LA BELLE ».
Andy Bemba, homme politique proche du pouvoir a dans une récente publication reconnu que le service national ne pourra pas résoudre le problème de l’insalubrité publique à Kinshasa si son travail n’est pas accompagné par d’autres mesures et dispositifs.
«Le Service national ne peut pas être la solution à lui seul. L’insalubrité doit être combattue en amont comme en aval, mais également à la source. Il faut éduquer et responsabiliser la population, sanctionner ceux qui jettent les déchets n’importe où, organiser la collecte, puis assurer le tri, le recyclage et le traitement final. C’est tout un système qu’il faut construire.» écrit-il.

Du côté de l’opposition, Joël Lamika, Président du mouvement des congolais révoltés se montre très sceptique.
«En 2026, nous en sommes encore à balayer nos rues avec les mêmes balais que nous utilisons dans nos parcelles. Et certains trouvent cela normal, voire applaudissent ? Moi, non. Je trouve que cela relève davantage du théâtre que d’une véritable politique d’assainissement.» écrit-il.
Et d’ajouter : «Si nous voulons réellement lutter contre l’insalubrité, nous devons mettre en place une stratégie moderne, structurée et permanente : gestion des déchets, collecte régulière, équipements adaptés, infrastructures d’assainissement, sanctions et sensibilisation.»
Des abus dénoncés
Au-delà de ses solutions que d’aucuns jugent à impact limité face à l’insalubrité à Kinshasa, le service national fait également l’objet de nombreuses critiques dans l’opinion suite aux abus de certains de ses agents.
Leon Mulumba, ministre provincial de l’Environnement, Propreté publique et Embellissement de la ville de Kinshasa est récemment monté au Créneau pour dénoncer l’abus de pouvoir des agents du service national, qui ont retenu pendant plusieurs heures les résidents de l’immeuble Flamboyant au motif qu’ils devraient assainir leur bâtiment.
«Le Président de la République ne vous a pas donné pour mission de venir séquestrer les gens. Pour nettoyer un bâtiment ou la cour d’un bâtiment, devez-vous séquestrer les gens pendant 48 heures ? Des pères et des mères de famille qui sont ici ? Non, cela n’est pas votre mission. Votre mission c’est d’assurer la salubrité publique. Vous êtes sortis de la mission, vous vous êtes egarés» a-t-il dit d’un ton ferme.
Peu de temps avant, le journaliste Ephrem Minga dénonçait sur son compte X (anciennement twitter) le fait que certains agents du service national font travailler des usagers de la route à leur place même lorsque que ceux-ci ne violent aucune règle connue.
Pour cet homme de média, il s’agit d’une astuce que certains agents paresseux du service national utilisent pour ne pas vraiment travailler : Imposer des corvées aux passants quand ça les arrange, en cherchant la petite bête, même quand il n’y a ni délit ni faute pourvu qu’ils travaillent à leur place.
«Intimider vos compatriotes par des interpellations qui n’ont pas lieu d’être juste pour qu’ils fassent le boulot, pour lequel l’Etat vous paie, c’est malhonnête. Vous ne devez pas escroquer l’Etat ! Il est incompréhensible que quelqu’un emprunte son trottoir habituel en plein midi et qu’il soit soumis à des travaux forcés ( balayer à votre place, vider les caniveaux, etc) juste parce que vous avez décidé que c’est votre heure du balayage, sans le mentionner ni sur un panneau d’alerte ni même utiliser des cônes de signalisation»a-t-il dénoncé.
L’Etat face à ses responsabilités
Les autorités tant provinciales que nationales sont ainsi invitées à prendre les mesures qui s’imposent pour traiter le problème dans le fond. Il faut sanctionner les auteurs des abus, s’assurer que les agents du service national chargés de l’assainissement travaillent convenablement en inspectant régulièrement les différents sites où ils sont affectés, penser à la mise en place d’un système crédible de collecte et recyclage des déchets publics et communiquer suffisamment sur les sanctions qu’encourent toute personne trouvée en faute par rapport à la salubrité publique. Le Congo ne peut plus se contenter des solutions superficielles qui ne produisent pas des résultats qui tiennent dans la durée.
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